Je suis ce chat assoupi qui, sans soucis, ne voudrait attendre que le lendemain. D’un léger battement de queue, je balaie les noires pensées de celui qui aime se croire mon maître et emplit du doux rythme de mon ronronnement l’oreille ensommeillée. Les yeux mi-clos, je veille, gardien immobile à la poitrine vibrante.

Cherchais-je réellement à te réconforter ou seulement un lit douillet le temps que la froide nuit passe ? Cela n’a pas d’importance. Sois certain que, demain au soir, je serai là si les nuages eux-même frissonnent dans la brise nocturne qui les saisit de sa main glacée. Tu peux me faire confiance.

Ma langue rêche ne sert pas qu’à, comme tu pourrais le croire, lustrer avec soin mon doux pelage. D’un miaulement court, aigu et répété, je te rappelle mon existence : je suis là, assis sur ton lit. Je n’attend que cette main qui, délicatement, viendra gratter derrière mon oreille pour en tirer ce qui pourrait ressembler à un sourire de contentement. Je presse ma tête contre ta paume : apprécie ma douceur, j’apprécie ta chaleur.

Le Sommeil passe, d’un pas lourd et silencieux, au dessus de ton oreiller. Curieux hasard, il se trouve que tu es le mien. Au lever, peut-être serai-je déjà parti, je ne sais encore où. Je suis libre, tu sais. Cela dit, je reviendrai, à la fin de la matinée, reprendre la place qui m’est réservée sur ces draps encore chauds, non sans avoir d’abord réclamé et obtenu pitance.

Fais-je bien de rester ici ? Comme je te l’ai dit, d’un langage que tu comprendras sans le savoir, je suis libre, et tu m’as ouvert ta porte. C’est un choix simple que de rester là où la nourriture abonde et où chaleureusement on m’accueille. En ce foyer que j’ai choisi, je demeure, parasite oisif et bienveillant.

Penses-tu peut-être que je n’ai remarqué ton absence, moi, l’égoïste aux pattes lestes. Détrompe-toi, ô imposant imbécile, j’ai noté ton départ autant que ton retour et tu me vois ravi de célébrer ce dernier par force caresses.

Je ne suis qu’un chat, être simple et doux quand l’envie m’en prend.

Je te cause sans parler, tu ne peux lire le fil de mes pensées. As-tu alors réussi à dévoiler le fond de mon âme ? Il se peut que oui. L’animal que je suis ne se pose pas tant de questions. Je vis, voilà le principal.

Je suis ce chat et j’attends, l’œil mi-clos, un simple lendemain.

Toulouse, été 2011.